Café Maître-Albert

051ruemaitrealbert1955-kurt Otto wasowUne histoire algérienne

Par Farah Benallou

L’histoire algérienne du café de la rue Maître-Albert est comme beaucoup d’autres établissements tenus par des algériens dans les années 40 et 50, fortement liée à la guerre d’indépendance, la vie était rythmée par les nouvelles et informations venues d’Algérie, par les consignes de la fédération de France du FLN et aussi par les rondes régulières de la police française.

Actuellement située dans l’un des plus luxueux et des plus chers coins du 5ème arrondissement de Paris, donnant sur la jonction entre le quai de la Tournelle et le quai Montebello,  face à la prestigieuse Ile de la Cité , la rue Maître-Albert fait surtout partie des plus vieilles rues de Paris, le Paris avant Hausmann.  Après la deuxième guerre mondiale, le quartier était dévasté par la misère et l’insalubrité, plusieurs propriétaires démunis et ruinés quittèrent la capitale pour se réfugier en banlieue ou en province où la vie est moins rude qu’à Paris. A la différence d’aujourd’hui les prix dans le 5ème étant beaucoup plus bas que ceux pratiqués dans d’autres arrondissements, des algériens qui s’étaient constitués un capital, ont pu acheter des immeubles, des cafés, des restaurants dans cet arrondissement.

C’est ainsi que Si Abdelkader Boulanouar qui était arrivé en France dans les années 40, s’associe avec son frère s pour acheter en 1950 cette petite affaire dont le propriétaire algérien ne pouvait assurer la charge. A cette époque l’hôtel café restaurant était en faillite, il ne rapportait rien à son ancien propriétaire, la rue était connue pour être la base des chiffonniers de Paris,  avant l’arrivée des Boulanouar, les chiffonniers  représentaient l’essentiel de la clientèle , mais furent très vite expulsés de l’hôtel par la police suite à des heurts avec le nouveau propriétaire. Petit à petit et à force de travail acharné Si Abdelkader transforma l’hôtel qui devint l’un des lieux de prédilection des algériens. Les gens se regroupaient par affinités villageoises, la rue maître-Albert forma donc un microcosme de la région de Nedroma. Grace à son amour du travail et entouré de sa très grande famille Si Abdelkader fit fructifier son affaire. Dès le début de la guerre d’Algérie, le café est très surveillé par la police française, ce qui n’empêchait pas certains locataires de prendre en charge la collecte pour la cause algérienne, la fédération de France du FLN s’appuyait sur des agents de liaison dans tous les cafés, restaurants, hôtels tenus par des algériens, il fallait collecter les fonds nécessaires à l’action militaire mais aussi à l’action sociale.

Le 6 décembre 1957 Abdelkader Boulanouar est arrêté pour être emprisonné d’abord à BeniMessous, puis dans la plus terribles des prisons algériennes Serkaji, l’incarcération dura 14 mois.

Les algériens habitants le 5ème furent en première ligne des manifestations du 17 octobre 1961, les manifestants des autres arrondissements ceux du 11ème , 18ème 19ème, du 20ème …furent interceptés par la police sous les ordres de Papon et bloqués à République ou ailleurs, Abdelkader Boulanouar assure : Nous devions nous retrouver à saint-Michel car c’est le quartier de la liberté de pensée, c’est là où il y a le plus d’étudiants, et c’est là qu’on pouvait avoir le plus d’écho.

Les massacres comme chacun sait furent sanglants, l’hôtel a été endeuillé, Guendouz Tlemçani le beau-frère de la famille, fut jeté dans la seine à partir du pont saint Michel après avoir été roué de coups et ne remontera jamais, son corps fut repêché le lendemain emporté par le courant jusqu’au quai d’Austerliz. Abdelkader et son frère Mohamed eurent la lourde tâche d’aller reconnaitre et récupérer le corps. La communauté algérienne à Paris, oeuvra pour faire connaître la cause algérienne au grand public métropolitain qui ne mesurait pas toujours l’horreur de la guerre.

Depuis 200 ans la petite rue Maître-Albert attire les plus grands photographes du monde, Charles Marville, Peter Cornelius, Pierre Boulat. Une série de photos de Pierre Boulat immortalise le café Maître Albert en 1955 et se trouve au musée français de l’histoire de l’immigration.

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