Algérie: Le portrait du chef de l’état salué comme emblème du 5 juillet

La République au garde-à-vous

Article paru dans Libérté

Par Mehdi Mehenni

le 07-07-2018

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Ce qui s’apparentait jusque-là à un excès d’idolâtrie prend, décidément, les allures d’un “symbole” de campagne pour le cinquième mandat : le portrait d’Abdelaziz Bouteflika.

Auteur  Liberté

Jeudi. Alger vit ce jour au rythme des commémorations de l’indépendance nationale. La célébration officielle a été si singulière qu’elle est dans tous les commentaires et fait le buzz sur Internet. Et pour cause ! À la tête d’un cortège officiel, porté par deux scouts et accompagné de la fanfare de la Garde républicaine, le portrait du président Abdelaziz Bouteflika a défilé, jeudi 5 Juillet, dans les rues de la capitale. La scène est très solennelle au boulevard Zighoud-Youcef, lorsque le portrait géant du chef de l’État, toujours porté par deux scouts, arrive à hauteur d’une estrade où se tiennent debout des officiels, l’air très grave. Tendus, à l’évidence, ils attendaient comme l’arrivée du Président. Les deux scouts marchent d’un pas cadencé, la fanfare roule les tambours, le portrait est orienté avec soin vers l’estrade, c’est alors que le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, le nouveau DGSN, Mustapha Lahbiri, des ministres et autres personnalités politiques se mettent au garde à vous. Le fait est inédit, mais il fait suite à d’autres situations du genre. Depuis le début de l’année 2018, la démarche consiste à honorer le portrait d’Abdelaziz Bouteflika, lors de cérémonies, en présence d’officiels, mais on donnait toujours l’impression qu’il s’agissait d’initiatives individuelles, n’engageant pas ouvertement la présidence de la République. En janvier, à l’occasion de la célébration de la Journée nationale des collectivités locales, des présidents d’APC, on orne le portrait du Président d’un ruban aux couleurs nationales. En mars, en présence du ministre de la Justice, Tayeb Louh, des avocats ont revêtu le portrait du Président d’une robe d’avocat. Un mois plus tard, en avril, lors de la visite du ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, à Tamanrasset, des élus APW se sont tournés vers une image du chef de l’État, pour lui parler et le prier de briguer un cinquième mandat.
Le Front de libération nationale (FLN) achèvera d’accomplir, au courant du même mois, à Djelfa, ce que d’aucuns ont qualifié de véritable “mascarade”. Des élus locaux, profitant de la visite de leur secrétaire général, Djamel Ould Abbes, ont, en effet, offert un cheval pur-sang à un portrait géant de Bouteflika, installé dans la steppe. Ces images faisaient surtout croire qu’il s’agissait d’un excès, sinon un goût démesuré pour l’idolâtrie. Mais ce jeudi 5 Juillet, ce sont les institutions officielles qui ont fait défiler un portait grand format du Président.
Dès lors, la question qui se pose est de savoir si l’entourage présidentiel ne  prépare pas l’opinion publique, étape par étape, à s’accommoder du portrait du Président comme symbole de campagne à un cinquième mandat en 2019 ? D’autres défilés, le jour même, de portraits du Président dans plusieurs wilayas du pays, laissent du moins supposer qu’il en sera ainsi le moment venu. Il y a comme une préparation de l’opinion à la “normalité” de la situation. Un travail qui commence par la banalisation.
Ainsi, le portrait compensera l’absence physique d’un Président dont la velléité à se pérenniser à la tête de l’État ne fait quasiment plus mystère.
Mehdi Mehenni

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